Raison et passions chez Spinoza: vers une cohabitation pacifique

Le livre 4 de l’Éthique, qui a mis en lumière notre servitude à l’égard des affects, s’est achevé sur un modèle idéal de l’homme libre ; la raison conduirait ce dernier à poursuivre ses intérêts propres, au milieu de ses semblables. Le livre 5, intitulé « La puissance de l’entendement ou la liberté humaine » a pour objet la mise en œuvre de ce projet éthique, qui vise in fine la béatitude, en tant que liberté de l’âme. Pour ce faire, il s’agira de modifier en nous le rapport de force qui existe entre la … Lire plus

La vertu en pratique: les biens véritablement utiles selon Spinoza

Après avoir défini la vertu comme un acquiescement à l’inclination naturelle que constitue notre conatus, Spinoza entre dans des considérations plus concrètes, qui mettent progressivement en lumière les qualités inhérentes à l’homme vertueux dont il s’agira de se rapprocher. Il commence par apporter quelques précisions relatives à ce qu’il convient de considérer comme réellement utile pour nous. Il analyse ensuite plus spécifiquement l’impact des différents affects sur nous. Pour chacun d’entre eux, la question d’ordre pratique à se poser est la suivante : favorise-t-il ou contrarie-t-il notre effort de persévérer et d’affirmer notre puissance ? En d’autres termes : est-il bon ou mauvais ?

Les passions primaires, leurs objets, et l’irrésolution de l’âme

Le conatus, impulsion essentielle qui engage chaque chose à persévérer dans son être, se manifeste au corps et à l’esprit humain sous forme d’appétits conscients : les désirs. Associés à la joie et la tristesse, ils constituent une trinité de passions primaires à partir de laquelle se déploie l’ensemble de notre architecture affective. Ces passions primaires s’attachent à des objets extérieurs qui entrent en rapport avec notre corps et se combinent à d’autres passions, nous maintenant dans un état que Spinoza qualifie de fluctuatio animi, ou irrésolution de l’âme.

Conatus : un effort de persévérer

Pourquoi se lève-t-on chaque matin ? Étant des êtres naturels : par la conjonction d’un ensemble de causes. Étant des êtres raisonnables : par celle d’un ensemble de raisons. Mais par-delà les causes qui nous déterminent et les raisons qui nous motivent, Spinoza évoque un effort de persévérer dans son être qui constitue l’essence même de chaque chose, et qui se manifeste chez les êtres humains à travers un désir irrépressible qui vise, in fine, le bien-être. Cet effort tel que Spinoza le conçoit est connu sous le nom de conatus.