Impuissance et servitude à l’égard des affects

Alors que les trois premiers livres se voulaient avant tout descriptifs et polémistes, c’est un tournant normatif qui s’opère à ce stade de l’Éthique. Nous avons jusqu’ici observé et étudié l’articulation de la nature, de notre esprit et de nos passions ; il s’agit à présent d’évaluer précisément le caractère bon ou mauvais, c’est-à-dire bénéfique ou non, de nos affects, et à édifier un modèle de vie vertueuse, et en y conformant notre action. Impuissance, contrainte de notre action, servitude vis-à-vis des affects : telle est notre condition initiale. Les livres 4 et 5 proposeront un plan d’émancipation vis-à-vis de nos passions, par l’entremise, cela va de soi, de notre raison, qui nous servira de levier à une action libre.

Spinoza avait raison: une lecture d’Antonio Damasio

Il existe des corrélats neuronaux à nos affects, que la physiologie du système nerveux révèle toujours plus précisément. Comment les affects se manifestent-ils au niveau de notre fonctionnement cérébral? Antonio Damasio, neuroscientifique portugais, professeur de psychologie et directeur de l’Institut pour l’étude neurologique de l’émotion et de la créativité à USC (University of Southern California), a consacré de nombreux travaux à cette question. Cet article propose un compte-rendu de l’ouvrage de Damasio sur Spinoza, Spinoza avait raison, dans lequel il valide les thèses du philosophe hollandais concernant nos sentiments et nos comportements. Il constituera en outre une conclusion du livre trois de l’Éthique, qui porte pour rappel sur notre affectivité.

Conatus : un effort de persévérer

Pourquoi se lève-t-on chaque matin ? Étant des êtres naturels : par la conjonction d’un ensemble de causes. Étant des êtres raisonnables : par celle d’un ensemble de raisons. Mais par-delà les causes qui nous déterminent et les raisons qui nous motivent, Spinoza évoque un effort de persévérer dans son être qui constitue l’essence même de chaque chose, et qui se manifeste chez les êtres humains à travers un désir irrépressible qui vise, in fine, le bien-être. Cet effort tel que Spinoza le conçoit est connu sous le nom de conatus.